Pathologies de l’épaule : évaluation, prise en charge et prévention

Les athlètes overhead font partie de ceux qui en souffrent le plus.

Chez ces athlètes, les pathologies de l’épaule sont particulièrement difficiles à diagnostiquer et à traiter du fait des nombreux facteurs, parfois cumulatifs, qui les causent.

Or, si la prise en charge n’est pas adaptée, elle va traîner en longueur, l’athlète ne récupèrera pas pleinement l’usage de son épaule, et les douleurs pourraient récidiver ou se chroniciser voire altérer les performances de l’athlète.

En maîtrisant l’évaluation clinique, les stratégies thérapeutiques et les méthodes de prévention, vous aiderez l’athlète à récupérer rapidement et sans séquelles.

Alors, quelles sont les principales pathologies de l’épaule rencontrées chez les athlètes overhead, comment les reconnaître, les prendre en charge et les prévenir ?

Les structures essentielles à connaître :

L’épaule est une articulation suspendue. Elle est donc très mobile et instable.

Elle se compose d’os, de ligaments, de tendons et de muscles qui relient le bras au torse.

Les trois os qui la composent sont la clavicule, la scapula et l’humérus.

Elle comporte aussi 5 articulations qui travaillent ensemble de manière coordonnée :

3 articulations « anatomiques » (« vraies »), qui mettent en contact 2 surfaces articulaires recouvertes de cartilage. Ce sont la sterno-costo-claviculaire, l’acromio-claviculaire et la scapulo-humérale.

2 articulations « physiologiques » qui permettent un mouvement mais qui n’ont pas de cartilage (les surfaces glissent l’une sur l’autre). Il s’agit de la sous-deltoïdienne et de la scapulo-thoracique.

Les 2 articulations principales sont :

  • L’articulation gléno-humérale qui permet au bras d’effectuer une rotation circulaire, et un mouvement de va-et-vient qui l’éloigne et le rapproche du corps.
  • L’articulation acromio-claviculaire qui permet de lever le bras au-dessus de la tête.

L’épaule comporte aussi des muscles dont le deltoïde et le biceps.

Et, la coiffe des rotateurs : il s’agit d’un groupe de quatre muscles (le subscapulaire, le petit rond, l’infra-épineux et le supra-épineux) qui tirent l’humérus dans l’omoplate. Les muscles de la coiffe des rotateurs stabilisent l’articulation gléno-humérale et facilitent la rotation du bras.

Dans cette structure complexe qu’est l’épaule, on trouve aussi le labrum et des bourses séreuses.

Le labrum est un morceau de cartilage qui forme un bourrelet sur la tête de l’humérus et la glène. Il permet également de stabiliser l’articulation.

Les bourses séreuses sont des structures en forme de sac. Elles sécrètent un liquide lubrifiant, qui permet de réduire la friction entre les parties mobiles de l’articulation. Elles évitent les conflits.

L’épaule permet d’effectuer des mouvements de :

  • Flexion/antépulsion et extension/rétropulsion (plan sagittal).
  • Abduction et d’adduction (plan frontal).
  • Rotation interne et externe (plan horizontal).

Toutes les articulations doivent être intègres pour que l’épaule fonctionne correctement.

sportif avec pathologie de l'epaule

Facteurs influençant la douleur et la mobilité :

Les principaux facteurs pouvant influencer la douleur et la mobilité sont :

  • La stabilité dynamique et passive : importance du contrôle neuromusculaire.
  • L’influence du rythme scapulo-huméral sur les douleurs chroniques.

L’adaptation posturale et l’impact des déséquilibres musculaires : la suradaptation peut entraîner un déséquilibre de la coiffe des rotateurs.

La biomécanique observée dans les sports overhead consiste en un mouvement d’élévation de la main au-dessus de la tête comme lorsqu’on lance ou frappe une balle (basket, volley-ball, badminton…).

Parce que ces gestes sont typiques et répétitifs, et que les contraintes et les forces appliquées sur l’épaule sont très importantes, les douleurs y sont fréquentes.

Les principales lésions de l’épaule rencontrées chez les athlètes overhead, sont les lésions traumatiques et celles dites de surcharge.

On retrouve :

  • Les lésions causées par un conflit interne (conflit postérosupérieur et conflit antérosupérieur).
  • Les lésions causées par une instabilité acquise macro- ou microtraumatique avec conflit interne secondaire.
  • Les lésions causées par des douleurs associées à la coiffe des rotateurs dues à une hyperlaxité/instabilité multidirectionnelle.

Le diagnostic et le traitement ne sont pas toujours simples du fait de la multiplicité des facteurs et de la complexité de la biomécanique de l’épaule.

À noter que la combinaison de l’instabilité, des déséquilibres de la force de la coiffe des rotateurs, du déficit de rotation interne de la gléno-humérale (GIRD), de la dyskinésie de la scapula et de la stabilité du tronc, et des déficits ultérieurs de la force de la hanche et de l’amplitude du mouvement (ROM) peuvent se produire, et déclencher ce qu’on appelle la cascade de blessures.

Pathologies tendineuses et musculaires :

Les principales pathologies tendineuses et musculaires sont les :

  • Tendinopathies de la coiffe des rotateurs dues à la surcharge et aux mouvements répétitifs.
  • Ruptures partielles ou complètes des tendons : les tests cliniques permettront de définir les indications de prise en charge.
  • Conflits sous-acromial : le diagnostic différentiel est à établir afin de proposer les traitements adaptés.

Pathologies spécifiques aux sportifs overhead :

On y retrouve surtout :

  • Les SLAP (Superior Labrum from Anterior to Posterior), qui sont des lésions du labrum supérieur. Elles ont un impact sur la performance et les options thérapeutiques. Il s’agit d’une pathologie assez récente (1985).

Les instabilités antérieure et postérieure qui nécessitent des tests spécifiques et un renforcement musculaire ciblé.

Méthodes d’évaluation clinique et par imagerie :

Comme pour toute prise en charge, l’interrogatoire complet et l’examen clinique minutieux sont essentiels.

  • L’anamnèse : âge, sexe, facteurs de risque (HTA), 1ere blessure, récidive, chronicisation ? Mode d’apparition traumatique ou atraumatique ? Histoire et caractéristiques de la douleur, impact, épisodes d’instabilité durant le sommeil ? …

Les facteurs de risques doivent aussi être identifiés en fonction du sport pratiqué, de l’évènement auquel participe ou va participer l’athlète, et des caractéristiques athlétiques et psychologiques du sportif.

  • L’examen clinique et la palpation de l’épaule : gonflement, atteinte osseuse ou des tissus mous de l’épaule ? Instabilité uni ou multidirectionnelle ? Hyperlaxité des tissus mous ? Atrophie musculaire ? Analyse des amplitude actives et passives des mouvements, force musculaire, examen sensoriel …

Les principaux tests utilisés sont :

  • Les tests cliniques : Neer, Hawkins-Kennedy, Jobe, Speed’s test, Uppercut test, test de yergason, Biceps load test.
  • Le ROM et l’évaluation de l’instabilité : tests d’appréhension et relocation.
  • L’imagerie médicale : échographie pour les tendons, IRM pour les lésions capsulo-labrales…
Pathologies :Tests :
Rupture de la coiffe des rotateurs (CR) :Examen clinique : amplitude, force.  

Drop arm test + Jobe test + External rotation lag sign : coiffe postéro-supérieure.  

Belly test + bear hug test : coiffe antéro-postérieure.  
Prudence quant à l’interprétation des résultats.
Tendinopathie de la coiffe des rotateur :   Surutilisation/surchargeAnamnèse.

Examen clinique : épaule + rachis cervical

Observation + palpation à la recherche de sensibilité.  

Même tests que pour la rupture de la CR.

Le diagnostic différentiel est à faire entre ces 2 pathologies.  
Instabilité antérieure de l’épauleAnamnèse.  

Examen de l’épaule, amplitudes, force musculaire, examen sensoriel, pouls distaux du poignet.  

Examen de la translation gléno-humérale et de l’hyperlaxité.  

Test d’appréhension antérieure.  
Lésions SLAPAnamnèse.

Examen complet de l’épaule + rachis  

Pour les lésions de type 2 : Tests sensibles :

compression/rotation, O’Brien, test d’appréhension combiné avec des tests spécifiques : Speed test, Yergason, Biceps load test.  
Blessures acromio-claviculaireExamen clinique.

Évaluation de la clavicule.

Examen neuromusculaire complet de l’extrémité touchée.  

Chez les sportifs overhead, le traitement principal de l’épaule douloureuse est conservateur, l’objectif étant de permettre à l’athlète de continuer à réaliser ses performances de haut niveau sans aggraver la blessure.

Cinq facteurs doivent être évalués afin de déterminer les changements morphologiques spécifiques et les adaptations pathologiques de l’épaule :

  • Mouvement et coordination de la scapula
  • ROM gléno-huméral = amplitude du mouvement
  • Stabilité locale « articulaire » et stabilité globale « centrale »
  • Complexe du tendon du biceps
  • Fonction de la Coiffe des Rotateurs.

Approches conservatrices :

Ces approches concernent :

  • La rééducation fonctionnelle et, plus particulièrement le travail excentrique et la rééducation proprioceptive.
  • La correction des déséquilibres musculaires et l’optimisation du contrôle scapulaire.
Pathologies :Approches conservatrices :
Rupture de la coiffe des rotateurs   30 à 70% des motifs de douleur d’épaule et de limitation de mouvementC’est le traitement de 1ère intention.
Il vise à soulager la douleur, restaurer la biomécanique et améliorer la fonction.  

– Modification d’activité, anti-inflammatoires, corticoïdes injectables.

– Exercices basés sur la dynamique scapulo-humérale

– Renforcement du deltoïde et du periscapulaire

– Contrôle postural

– Étirement capsulaire postérieur.  
Tendinopathie de la coiffe du rotateur   Prévalence : 9 à 30% de la population occidentale.  Dépend des résultats du bilan complet.

L’exercice, qui induit des changements cellulaires et structurels, est primordial.  

– Contractions concentriques et excentriques

– Exercices en chaine cinétiques ouverte et fermée

– Activités avec et sans co-activation des muscles gléno-huméraux

– Exercice global de l’épaule.  
Instabilité antérieure de l’épaule   = 95% des instabilité de l’épaule.Indiqué s’il s’agit de la 1ère luxation, si l’anomalie de la tête humérale < 25% et si le sport est sans lancers ni contact.  

Brève immobilisation et contrôle de la douleur entre J7 et J14.  

Récupération progressive des amplitudes puis, exercices de renforcement des stabilisateurs glénohuméraux et périscapulaires  

Reprise du sport sous +/- 3 semaines.  
Lésion SLAP   80 à 90% des pathologies labrales sont des SLAP.Le traitement dépend du stade de la lésion.  
Blessure acromio-claviculaire   Jusqu’à 40% des blessures de l’épaule. Près de 10% des blessures dans les sports de collision.Types 1 et 2 à la classification de Rockwood.

Récupération fonctionnelle en 6 semaines.  

Reprise des activités sous 1 an.  

Prise en charge post-opératoire :

La prise en charge post-opératoire consistera en :

  • Une réhabilitation après une réparation de la coiffe des rotateurs.
  • Un suivi de protocoles de rééducation après la stabilisation d’une luxation.
  • Un retour progressif à l’activité sportive et la gestion du stress mécanique.

Le renforcement et la prévention sont la clé pour préparer l’épaule à faire face aux charges et contraintes demandées par la pratique du sport.

Après une blessure, il s’agira d’optimiser le renforcement musculaire, et d’opérer les ajustements biomécaniques et posturaux nécessaires à la récupération.

Optimisation du renforcement musculaire :

La prise en charge comprend :

  • Des exercices excentriques et isométriques pour les tendinopathies.
  • Un travail de stabilisation scapulaire et un gainage dynamique.
  • Un travail de la proprioception et du contrôle neuromusculaire pour prévenir les récidives.

Ajustements biomécaniques et conseils posturaux :

Enfin, il est crucial :

  • D’adapter les gestes sportifs pour minimiser les contraintes articulaires.
  • De réaliser des échauffements et des étirements spécifiques.
  • De planifier les charges d’entraînement pour éviter la sursollicitation.

Et, de proposer une prise en charge complète, globale et multifactorielle.

Pour conclure, rappelons que le diagnostic des pathologies overhead n’est pas simple à émettre, et qu’il est indispensable de maîtriser leur symptomatologie, et les tests utiles au bilan clinique que vous réalisez.

Votre approche doit être holistique et multifactorielle.

Cela nécessite d’inclure les caractéristiques du sport pratiqué, ses contraintes, ses conditions, mais aussi d’évaluer le profil psychologique de l’athlète qui vous consulte et vous confie son avenir sportif.

Ce n’est qu’à ce prix que la rééducation que vous proposerez sera complète, adaptée et précise, et que l’athlète récupéra rapidement et sans séquelles.

Si la prise en charge des sportifs vous intéresse, n’hésitez pas à suivre nos actions de formation ciblées, pour vous spécialiser, actualiser vos connaissances et découvrir les dernières recommandations.

Prenez-vous en charge des athlètes overhead ?

Quels conseils leur donneriez-vous pour prévenir les blessures ?

Enfin, si vous avez trouvé cet article utile, n’hésitez pas à le partager autour de vous.

Sources :

NeuroXtrain

HAS

Le Manuel MSD

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